Retour d'expérience

Post-mortem Livate : 20 € de CA, 480 € d'infra, et ce que j'en retire

Alexandre
Alexandre
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Durée de lecture : 8 min
Icône de l'application Livate

Livate, 2025-2026

20 € de chiffre d'affaires en un an. 480 € d'infrastructure. Marge : -460 €. Livate n'est plus sur l'App Store.
Le problème n'est pas la patience, ni le marketing, ni une feature manquante. Le problème, c'est que je n'ai pas trouvé le product-market fit (l'adéquation entre ce que le produit propose et ce que le marché veut vraiment acheter). Et j'ai mis dix mois à l'admettre.
Décryptage.

Les chiffres : 20 € de CA pour 480 € d'infra

Livate est sur l'App Store depuis mai 2025. En un an, l'app a généré environ 20 € de chiffre d'affaires pour un coût d'infrastructure de 40 € par mois (Cloud Run, PostgreSQL, CDN), soit 480 € sur l'année. Marge annuelle : -460 €. Ce n'est pas une entreprise. C'est une facture.
20 €
CA en 1 an
480 €
coût infra / an
MétriqueValeur
Chiffre d'affaires total~20 €
Coût mensuel infra~40 € (Cloud Run, PostgreSQL, CDN)
Coût annuel~480 €
Marge nette-460 €
Le product-market fit n'est pas là. La question n'est plus de savoir si la prochaine feature va tout changer. C'est : est-ce que je continue à injecter de l'argent dans un produit que personne ne cherche ?

Ce qui n'a pas marché

Livate a raté sur trois fronts en même temps : un marché saturé où je n'avais pas de niche, une rétention à J7 catastrophique, et tout mon temps passé à coder au lieu de parler aux utilisateurs.
Un soir de février, j'ai ouvert App Store Connect. 20 euros. J'ai regardé le chiffre quelques secondes, j'ai fermé l'onglet, et je suis allé me coucher. Pas besoin de décoder. J'avais compris.
Pendant des mois, je m'étais raconté que le trafic allait venir. Que la prochaine feature changerait tout. Que j'avais juste besoin de patience. Ce soir-là, j'ai arrêté de me le raconter.
Le marché des apps de productivité est saturé. Plus de 40 000 apps dans la catégorie Productivité sur l'App Store. Notion, Todoist, Things, Habitica, Streaks : tous ont des années d'avance, des équipes, des budgets. Le vrai problème n'était pas la concurrence en soi. C'était l'absence de réponse à une question simple : pourquoi un utilisateur choisirait Livate plutôt que Todoist qu'il utilise déjà ? Si moi je n'avais pas de réponse convaincante, l'utilisateur non plus.
La conversion était quasi inexistante. Des téléchargements, oui. Mais la rétention à J7 était catastrophique, et les conversions en premium se comptaient sur les doigts d'une main sur toute l'année. Le funnel était probablement cassé depuis le début : les gens qui téléchargeaient l'app n'avaient pas vraiment le problème que Livate était censée résoudre. Ou alors le problème n'était pas assez douloureux pour justifier d'adopter encore un nouvel outil de productivité.
J'ai mal alloué mon temps. Dev, design, marketing, support, infra. Tout seul sur tout. Chaque arbitrage se paie. J'ai passé des semaines à optimiser le cache-first et le Dynamic Island, des détails techniques que j'aimais, pendant que personne ne me disait si le concept résonnait vraiment. J'aurais dû faire l'inverse : parler aux utilisateurs en premier, coder en second. J'ai appris ça en chemin, comme je le racontais dans mon aventure en quelques mots.
Construire Livate pour "tout le monde qui veut être plus productif", ça veut dire, en pratique, personne en particulier. 460 € pour apprendre ça, c'est le prix du cours.

Le vrai apprentissage : l'ASO comme problème adjacent

En construisant Livate, j'ai passé plus de temps à comprendre l'App Store qu'à coder des features. Pourquoi certains mots-clés convertissent et pas d'autres, comment les classements évoluent, quels patterns distinguent les apps en tête. Ce savoir accidentel est devenu plus intéressant que l'app elle-même.
L'ASO (App Store Optimization, l'ensemble des techniques pour améliorer la visibilité d'une app dans les résultats de recherche de l'App Store, l'équivalent du SEO pour le web) est un sujet hyper concret quand tu es indie dev. Pourquoi mon app remontait sur certains mots-clés et pas d'autres ? Quels étaient les patterns de conversion des apps en tête de classement ? Comment évoluait la compétition sur une catégorie au fil des semaines ?
Pour répondre à ces questions, j'utilisais des outils comme Sensor Tower ou AppFollow. Des outils puissants, conçus pour des équipes marketing avec des budgets à quatre chiffres par mois. Pas pour un indie dev solo qui essaie de comprendre pourquoi sa position sur "habitudes quotidiennes iOS" a bougé de trois places cette semaine.
J'ai cherché une alternative abordable. Il n'en existait pas de bonne : soit trop simpliste, soit trop cher, soit à moitié abandonnée.
Ce vide, c'est vraiment le truc qui m'a le plus marqué dans toute l'aventure Livate. Et c'est de là qu'est venue l'idée.

Ce que je construis maintenant

Pour Livate, j'imaginais le besoin. Pour Koda, je l'ai vécu pendant dix mois. Pour Waku, je suis mon propre utilisateur. Du coup la suite est partie de là.

Koda : l'analyse App Store pour les indie devs

La différence entre Koda et Livate, c'est que je suis moi-même l'utilisateur cible. Pas théoriquement : j'ai eu ce problème exact pendant dix mois. Je sais ce que je cherchais, ce que les outils existants ne m'apportaient pas, et ce que j'aurais payé pour l'avoir.
Koda est un outil d'analyse App Store conçu pour les développeurs indépendants : suivi de mots-clés ASO, analyse de la concurrence, évolution des classements, tendances de catégorie. Une alternative accessible à Sensor Tower, à un prix adapté aux solos, sans le dashboard marketing pensé pour des équipes de dix.
C'est aussi un modèle différent sur le fond : je construis un outil, pas une app grand public. Un truc qui résout un problème pro concret. Ce problème, je l'ai eu. Les gens qui vont l'utiliser ressemblent exactement à qui j'étais il y a six mois. Koda est en cours de dev. Si tu galères avec l'ASO, tu peux rejoindre la liste d'attente.

Waku : toujours là, toujours en dev

Waku a pris un chemin différent depuis le départ : 100% offline, pas de backend, pas de compte utilisateur, pas d'infra à payer tous les mois. Le modèle économique est simple, un achat unique à 4,99 €, et les coûts de fonctionnement sont proches de zéro. Exactement le contraire de Livate.
J'avais raconté le lancement dans cet article. Waku, c'est un PKM visuel (Personal Knowledge Manager, un outil de capture et d'organisation de ses connaissances) pour iOS, construit avec Claude Code au quotidien. La stack technique et le workflow de dev sont détaillés dans mon retour sur l'architecture des agents de code IA.

Ce que cet échec m'a appris

La catégorie Productivité sur l'App Store compte plus de 40 000 apps. J'ai foncé dedans sans niche précise et sans audience constituée. En gros, j'ai nagé dans un océan rouge sans le voir.
Avant de lancer une app en 2026, il faut passer du temps à analyser les tendances de recherche sur l'App Store, regarder ce qui performe sur TikTok et YouTube dans ta niche, éplucher les avis des apps concurrentes pour trouver ce qui manque vraiment. Ce travail, je ne l'ai pas fait. J'ai préféré coder.
Dev et architecture. Construire Livate m'a forcé à apprendre Swift natif de zéro : MVVM, cache-first, widgets, Dynamic Island, Live Activities. Une stack complète, pensée de bout en bout. Tout est détaillé dans cet article. Rien de tout ça n'était acquis avant de commencer.
L'ASO. Je ne savais pas ce que c'était. Aujourd'hui, je comprends comment l'App Store indexe les apps, pourquoi certains mots-clés convertissent et d'autres non, comment lire les classements par catégorie. C'est directement de là que vient l'idée de Koda.
Le marketing. J'ai lancé sans audience. Zéro communauté, zéro anticipation, zéro bruit avant le jour J. J'aurais dû documenter le projet, partager la progression, construire un minimum de traction avant d'appuyer sur "publier". Grosse galère quand tu réalises ça après coup.
L'entrepreneuriat. Un projet solo, c'est apprendre à tout faire en même temps : product, tech, marketing, support, finance. La gestion du temps, la priorisation, la capacité à reconnaître que quelque chose ne marche pas et à tourner la page. Ça ne s'apprend pas dans un tuto. Ça s'apprend en se plantant.

Le statut actuel de Livate

Livate n'est plus disponible sur l'App Store. L'app dépend d'un backend et d'une base de données que je ne peux plus maintenir à perte. Pour la rendre disponible à nouveau, il faudrait refactoriser l'app entière pour fonctionner sans serveur, en mode offline-first, sur le modèle de Waku. Ce n'est pas la priorité aujourd'hui.

Les 3 trucs que je retiens

1. Le marché d'abord, le code ensuite

20 € de CA pour 480 € d'infra, ce n'est pas un problème de patience. C'est un problème de product-market fit. Avant de coder, fais l'étude : tendances App Store, avis des concurrents, signaux sur les réseaux. Si tu ne trouves pas de douleur précise que personne ne résout, tu nages à contre-courant.

2. Construis pour toi-même, pas pour un persona imaginaire

La différence entre Livate et Koda, c'est que pour Koda j'ai vécu le problème. Pas théoriquement. Pendant dix mois, tous les jours. Le meilleur product-market fit, c'est quand tu es ton propre premier client.

3. Le code, c'est vraiment le plus facile

Un projet solo, c'est apprendre le dev, l'ASO, le marketing et l'entrepreneuriat en même temps. Les semaines passées à optimiser le Dynamic Island auraient dû être passées à parler à des utilisateurs. La technique ne compense pas l'absence de marché.

Conclusion : des échecs naissent les apprentissages

Avec Livate, ce que j'ai passé des mois à apprendre involontairement (l'ASO, les classements, la mécanique des conversions App Store) est devenu plus intéressant que l'app elle-même. Koda est née de là. Pas d'un plan. D'une obsession accidentelle.
Les articles du blog restent en ligne. Mon attention, mon code et mon énergie passent maintenant sur Koda et Waku. Le code, c'est vraiment la partie la plus facile. Le marché, l'audience, le timing : c'est ça le vrai jeu.
Et toi, est-ce que tu as déjà arrêté un projet ? Qu'est-ce qui t'a fait prendre la décision ? Envoie-moi un message sur X, LinkedIn ou en commentaire.
Alex

À retenir

  • 20 € de CA pour 480 € d'infra en un an : ce n'est pas un problème de patience, c'est un problème de product-market fit.
  • Plus de 40 000 apps dans la catégorie Productivité sur l'App Store. Sans niche précise ou audience préexistante, tu nages à contre-courant.
  • Avant de coder, fais l'étude : tendances App Store, avis des concurrents, signaux sur les réseaux. Le marché d'abord, le code ensuite.
  • Koda naît directement du problème vécu : une alternative à Sensor Tower accessible aux indie devs. Le meilleur product-market fit, c'est quand tu es ton propre premier client.
  • Un projet solo, c'est apprendre le dev, l'ASO, le marketing et l'entrepreneuriat en même temps. Le code est la partie la plus facile.

Je suis Alex, créateur de Waku. Retrouve-moi sur Twitter/X et Instagram.

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